Quand la passion nourrit plus qu’elle n’épuise

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On entend souvent parler de la retraite comme d’une délivrance. Comme si travailler toute une vie revenait à porter un poids dont il faudrait enfin se libérer. Beaucoup comptent les années, attendent le moment où tout pourra s’arrêter, où il sera enfin possible de vivre autrement.

Pourtant, cette vision ne correspond pas à toutes les réalités.

Lorsque ce que l’on fait a du sens, lorsque l’activité exercée est profondément reliée à ce que l’on est, il ne se produit pas la même chose dans le corps et dans l’esprit. L’énergie ne circule pas de la même manière.

Bien sûr, il peut y avoir de la fatigue physique, des journées chargées, des moments plus exigeants. Mais ce n’est pas une fatigue qui vide intérieurement. Au contraire, quelque chose nourrit.

Quand une activité est vécue avec passion, présence et engagement, elle met en mouvement. Elle stimule, elle donne de l’élan, elle crée de la circulation intérieure. On sent que ce que l’on donne revient aussi d’une certaine manière. C’est particulièrement vrai dans les métiers de transmission. Enseigner le yoga, accompagner, partager une expérience vivante, ce n’est pas simplement “faire un travail”. Lorsque cela vient d’un endroit sincère, cela nourrit autant celui qui transmet que celui qui reçoit.

Il y a une différence profonde entre une activité subie et une activité alignée. Dans une activité subie, l’énergie se contracte progressivement. On fonctionne davantage par obligation que par élan. Le corps se fatigue différemment, le mental aussi. À l’inverse, lorsque l’on est à sa juste place, quelque chose reste vivant. L’activité ne prend pas l’énergie de la même manière parce qu’elle est en accord avec un mouvement intérieur profond. Alors une question peut se poser.

Pourquoi faudrait-il arrêter brutalement ce qui nous nourrit profondément sous prétexte d’un âge ou d’un cadre social ?

Pourquoi considérer systématiquement le travail comme un fardeau dont il faudrait enfin se débarrasser ?

Bien sûr, certaines personnes ont besoin de s’arrêter, de ralentir, de changer de rythme, et cela est juste. Mais pour d’autres, continuer à transmettre, créer, accompagner ou enseigner fait partie de leur équilibre. Ce n’est pas une fuite du repos. C’est simplement que la vie continue de circuler à travers ce qu’elles font.

Dans le yoga, on parle de prāṇa, l’énergie vitale. Lorsque cette énergie circule librement, il y a plus de fluidité, plus d’élan, plus de stabilité intérieure. Certaines activités entretiennent cette circulation. D’autres l’épuisent. Tout dépend du lien profond que l’on entretient avec ce que l’on fait.

Peut-être que la vraie question n’est pas seulement : “Quand vais-je arrêter ?”

Mais plutôt : “Est-ce que ce que je fais me rapproche ou m’éloigne de ce qui me rend vivant ?” Lorsqu’une activité nourrit profondément, elle cesse d’être un poids à porter. Elle devient une manière naturelle d’habiter sa vie.

Namaste.

Frédérique Buisson

Professeure de yoga diplômée des Ecoles Nationales de Professeurs de Yoga
Membre de la Fédération Nationale de Professeurs de Yoga

Tel : 07 81 53 53 78
E-mail : shivasurya@sfr.fr