De la connaissance à l’incarnation

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Nous pouvons connaître parfaitement un sujet, l’avoir étudié pendant des années, avoir acquis des compétences, de l’expérience, savoir l’expliquer et le transmettre… et pourtant sentir que quelque chose ne passe pas vraiment.

Les mots sont justes, la connaissance est là, mais elle ne trouve pas toujours de résonance chez l’autre.

Peut-être parce que connaître ne signifie pas encore avoir intégré. Il y a ce que nous avons appris, ce que nous avons compris intellectuellement… et puis il y a ce que nous avons réellement traversé, expérimenté, assimilé jusqu’à ce que cela devienne une part de nous. C’est là, pour moi, toute la différence entre connaître et incarner.

Intégrer une connaissance demande du temps. Il faut parfois qu’elle descende de la tête vers le corps, qu’elle traverse notre expérience, nos émotions, nos comportements, nos choix et notre manière d’être au quotidien. Qu’elle ne soit plus seulement quelque chose que nous savons, mais quelque chose que nous vivons. Je pense notamment aux métiers de l’accompagnement, aux thérapeutes, aux enseignants, mais cela concerne finalement chacun de nous.

On peut parler de calme sans avoir encore rencontré son propre silence. Parler d’écoute sans réellement savoir s’écouter. Enseigner le lâcher-prise tout en restant soi-même dans le contrôle. Transmettre des outils parfaitement justes sans les avoir encore profondément assimilés pour soi. Il ne s’agit pas d’être parfait ni d’avoir « tout réglé » avant de pouvoir accompagner ou transmettre. Personne n’en aurait jamais fini. Il s’agit plutôt de cette cohérence intérieure qui apparaît lorsque ce que nous pensons, ce que nous disons, ce que nous faisons et ce que nous sommes commencent à aller dans la même direction.

Dans la vision du yoga, nous pourrions dire que l’intégration ne concerne pas seulement le mental. Elle traverse progressivement les différentes couches de notre être. La connaissance devient expérience, l’expérience devient compréhension, puis cette compréhension finit par faire corps avec nous. À ce moment-là, nous n’avons presque plus besoin de convaincre. Quelque chose se transmet au-delà des mots. On le ressent parfois très fortement auprès de certaines personnes : elles ne disent rien d’extraordinaire, elles n’essaient pas de démontrer quoi que ce soit, et pourtant leur présence donne du poids à leurs paroles.

À l’inverse, lorsque les mots disent une chose mais que notre manière d’être en exprime une autre, une forme de dissonance peut être perçue, consciemment ou inconsciemment. Peut-être est-ce cela, finalement, incarner : ne plus seulement transmettre ce que l’on sait, mais laisser ce que l’on a profondément intégré s’exprimer naturellement à travers nous.

Namaste.

Frédérique Buisson

Professeure de yoga diplômée des Ecoles Nationales de Professeurs de Yoga
Membre de la Fédération Nationale de Professeurs de Yoga

Tel : 07 81 53 53 78
E-mail : shivasurya@sfr.fr