La peur du vide

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Beaucoup de pratiquants de yoga ont du mal avec le vide. Dès qu’un espace se crée, il faut le remplir. Remplir le silence, remplir le temps, remplir l’esprit. Être occupé donne souvent l’impression d’avancer, d’exister, de garder le contrôle. 

Mais lorsque tout ralentit, quelque chose d’autre apparaît. Sans distraction, sans agitation, certaines tensions deviennent plus visibles. Des pensées remontent, une agitation intérieure se révèle. Le vide devient alors inconfortable. Ce malaise ne vient pas du vide lui-même, mais de ce qu’il met en lumière.

 Tant que le mental reste occupé, il est possible de ne pas voir ce qui se passe en profondeur. 

Mais lorsqu’il n’y a plus rien pour détourner l’attention, on se retrouve face à soi-même. Dans la pratique du yoga, cela apparaît très clairement. 

Dès que l’immobilité s’installe, le besoin de bouger, de penser à autre chose ou de reprendre une stimulation surgit presque immédiatement. 

Pourtant, si l’on reste un peu, sans forcer, quelque chose commence à se déposer. Le silence change alors de nature.

Dans les Yoga Sūtra, Patañjali parle des vṛtti, les fluctuations du mental qui captent en permanence l’attention. Lorsque ce mouvement ralentit, un espace apparaît. Et cet espace peut déstabiliser lorsqu’on n’y est pas habitué. On associe souvent le vide à un manque, alors qu’il peut devenir un espace de respiration. Un endroit où le mental cesse momentanément de se disperser, où le corps relâche, où quelque chose de plus calme peut émerger. 

Le yoga invite progressivement à retrouver cette capacité à rester avec ce qui est simple, sans chercher immédiatement à remplir, produire ou fuir. La peur du vide diminue lorsque l’on découvre qu’il n’est pas vide. 

Derrière l’agitation permanente, il existe souvent une fatigue, une tristesse, des tensions ou simplement un besoin profond de ralentir que l’on n’écoutait plus. Mais il existe aussi autre chose : plus de silence intérieur, plus d’espace, une sensation de présence plus stable. Lorsque l’on cesse de fuir constamment cet espace, il devient possible de retrouver une forme d’apaisement simple, sans avoir besoin de remplir chaque instant.

Namaste.

Frédérique Buisson

Professeure de yoga diplômée des Ecoles Nationales de Professeurs de Yoga
Membre de la Fédération Nationale de Professeurs de Yoga

Tel : 07 81 53 53 78
E-mail : shivasurya@sfr.fr