Quand le mental prend les commandes de la pratique.

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L’une des plus grandes difficultés dans la pratique du yoga n’est pas de réaliser une posture. Elle est de demeurer pleinement présent à ce qui est vécu pendant que cette posture se déploie.

Lorsque je guide un cours, ma voix n’est pas là uniquement pour décrire une forme extérieure. Elle est un fil conducteur qui invite chacun à revenir sans cesse dans l’instant présent. Chaque consigne est une occasion de quitter le pilotage automatique pour entrer dans une qualité d’écoute plus profonde.

Écouter. Ressentir. Respirer.

Sentir le mouvement naître dans le corps, observer les ajustements subtils, accueillir les sensations physiques, les émotions qui apparaissent, les pensées qui traversent l’esprit sans s’y attacher. Peu à peu, le corps physique, le souffle, le mental et l’énergie cessent d’être perçus comme des éléments séparés. Ils s’unifient dans une même expérience de présence.

Pourtant, il arrive souvent qu’après avoir réalisé une posture d’un côté, certains élèves anticipent immédiatement le second côté. Avant même que les consignes soient données, ils se replacent déjà dans la posture grâce à leur mémoire.

À première vue, cela peut sembler anodin. En réalité, ce petit automatisme révèle quelque chose de beaucoup plus profond.

À cet instant, ce n’est plus la conscience qui guide la pratique. C’est le mental.

Le mental aime prévoir, comparer, reconnaître ce qu’il connaît déjà. Il fonctionne à partir du passé pour construire l’instant suivant. Il ne vit plus pleinement ce qui est ; il reproduit. Or le yoga nous enseigne exactement l’inverse: « Yogaś citta-vṛtti-nirodhaḥ. »

Le yoga est l’apaisement des fluctuations du mental.

Chaque fois que nous anticipons, nous quittons légèrement le présent. Nous cessons d’écouter véritablement. Nous ne recevons plus les indications comme si elles étaient nouvelles. Pourtant, elles le sont toujours, car celui qui les reçoit n’est déjà plus tout à fait le même qu’une respiration auparavant.

Une posture n’est jamais identique à celle qui l’a précédée. Le souffle a changé. Les tissus se sont ouverts. L’énergie circule autrement. Une émotion peut émerger. Une résistance peut disparaître. Si nous croyons savoir, nous cessons de découvrir.

Le véritable pratiquant conserve un esprit de débutant. Il entre dans chaque posture comme si c’était la première fois. Il écoute avant d’agir. Il laisse la voix le guider plutôt que sa mémoire.

Alors la pratique posturale devient une méditation en mouvement.

Progressivement, le silence intérieur s’installe. Les fluctuations du mental s’apaisent. Les couches les plus superficielles de notre être laissent apparaître une présence plus vaste, plus lumineuse. Les sages parlent d’Ananda : cette joie profonde, cette paix sans objet qui ne dépend d’aucune circonstance extérieure, mais qui se révèle lorsque le mental cesse enfin de vouloir diriger l’expérience.

Tout chemin de transformation commence par une prise de conscience.

Observer sans se juger, les moments où le mental reprend les commandes est déjà une pratique. À partir de cette lucidité, il devient possible de revenir encore et encore au souffle, à l’écoute et à la présence.

C’est dans ce retour patient que le yoga commence véritablement.

Namaste.

Frédérique Buisson

Professeure de yoga diplômée des Ecoles Nationales de Professeurs de Yoga
Membre de la Fédération Nationale de Professeurs de Yoga

Tel : 07 81 53 53 78
E-mail : shivasurya@sfr.fr